© 2017 Webdesign par Julien Borrelli 

04

Privé est une collaboration entre deux artistes, Mickaël Sabbah (MKS*) issu du monde du théâtre et Anthony Colas (PLANETALDOL) issu du monde de la musique Leur oeuvre : Trans Human Art, est le fruit de quatre années de recherche fondée sur la nécessité de forcer les frontières du langage. Elle comporte vingt deux heures de spectacle. Il est envisagé de la présenter l'année prochaine, au Théâtre du Temps, sous la forme d'une série de trois saisons : GN (6.66), XP (6.77) et EDN (7.77), comportant chacune entre sept et huit épisodes. Cette trilogie, inspiré de La Divine Comédie de Dante Alighieri, part du choc d'une agression criminelle que subit le protagoniste Mishà lorsque, suite à une rupture amoureuse, il devient la proie d'une bande organisée. Cet incident le plonge dans le coma, puis en salle de réanimation et soulève la question si l'amour est plus fort que la mort. Les thèmes abordés sont le stress post-traumatique, la loi du silence, l'érotisme, la transcendance et le rôle de l'art. Les outils et sources utilisés sont un kaospad3, un kaossilator2, des dictaphones, des petits instruments acoustiques, des objets sonores, des téléphones portables, des micros, la voix, le corps, la « transtextualité », des field recordings (sons de la nature), des sons concrets, un mange disque, un magnétophone, un lecteur CD, des nappes d'ambient et de noise*, des éléments graphiques et visuels et un mini vidéo projecteur. Cette configuration transdisciplinaire tient dans une mallette à couteaux et un sac à dos. C'est une configuration miniature qui donne une matière sonore, textuelle, charnelle et visuelle semi improvisée appelée « Post Electroshok Beat ».

 

*L’ambient est un genre de musique électronique dont les limites sont difficiles à définir. L'ambient évoque une qualité « atmosphérique », 

« visuelle » ou « discrète ». Un pionnier du genre, Brian Eno, explique que « la musique ambient doit être capable d'accommoder tous les niveaux d'intérêt sans forcer l'auditeur à écouter ; elle doit être discrète et intéressante. » . La  noise ou musique bruitiste, est une vaste appellation pouvant regrouper divers genres musicaux, de plusieurs grandes familles musicales : l'électroacoustique, la musique improvisée, le jazz, la musique industrielle et le rock. Elle se caractérise par l'assemblage de sons communément perçus comme désagréables ou douloureux, et prend à contre-pied les plus communes définitions de la musique, fondées sur sa dimension esthétique, pour s'intéresser à d'autres aspects de l'œuvre musicale : sa structure, son sens, son effet sur l'auditeur, ou les différentes caractéristiques du son.

 

 

LE PROPOS

 

Pour Le Revenant Mishà le propos qui donne lieu à ce triptyque dantesque part de l'enfer (GN 6.66) vécu par le protagoniste : le choc d'une agression criminelle dont il est victime, lorsque, suite à une rupture amoureuse, il est rabattu, à la tombée de la nuit, aux abords de la Cité dolente. Projeté là d'où l'on ne revient pas, maintenu en vie artificielle, son cœur électro choqué doit répondre à l'ultime question : l'amour est il plus fort que la mort?

 

Pour Hant Le Possédé le propos part du choc de Mishà. Les poèmes d’amour déchirés, l'agression, le coma et la résurrection, toute la matière sonore est à partir de cela. Pour Hant, il faut connaître la mort pour connaître la vie et vivre l'amour. Alors, en quête de comprendre l'expérience de la mort, il doit minutieusement observer la résurrection du Revenant Mishà. Cet être qui a traversé les ténèbres et qui est revenu de la mort détient l'ultime témoignage. Hant le sait. En marchant à ses côtés il traversera le purgatoire (XP 6.67) de la reconstruction physique et psychique pour se rapprocher de la vérité transcendantale qui mène au libre arbitre, à la connaissance, à la lumière et à : «  l'amour infini qui meut le soleil et les autres étoiles » (Dante, Par., XXXIII) (GN 7.77).

 

Ces deux protagonistes s'accompagnent dans leur quête d'absolu en se soignant mutuellement et en exorcisant leurs maux, angoisse, folie, enfermement pour Hant et infirmité, maladie, stress post-traumatique, pour Mishà par le biais de la musique, du théâtre et de l'amitié. Ils ont refusé l’hôpital, déjoué les pièges mortels de la médecine et ne se sont pas laissés détruire par la Justice humaine et la société complice de ses bourreaux. Tout ce qu'ils avaient pressenti s’est révélé être vrai. L’anti-psychiatrie, l’art thérapie, le jeûne thérapeutique, le rapport au corps, à la nourriture, aux plantes et à l'Art, Mishà et Anth, avec la « Post Electroshok Beat », inventent une nouvelle façon de se soigner et de guérir de la mort. Leur pèlerinage est un pèlerinage dantesque au cœur de la vie, vers la voix de la sagesse et de la salvation physique, psychique et spirituelle.

 

 

LA MATIERE TEXTUELLE ET LA TRANSTEXTUALITE

 

Les trois poèmes d'amour déchirés : Edelweiss, L’horloge du Temps et Oiseaux Pic Pic, sont écris par le protagoniste Mishà à Emy. Déchirés par cette dernière, lors de leur séparation, ces trois poèmes sont le point de départ de l'histoire. Suite à cette « déchirure », Mishà devenu une proie pour les prédateurs, se fait prendre au piège d'une bande organisée qui le rabat, à l'aide d'un appât, dans la Cité dolente, pour le dévaliser et le rouer de coups de la tête aux pieds. Ces dix agresseurs, avec leurs pieds, lui cassent les os du crâne, le nez, la mâchoire, cinq côtes qui provoquent entre pneumothorax droit total. Mishà, gisant, semi conscient, agonise dans son sang pendant vingt deux minutes et vingt deux secondes avant que les pompiers viennent « l'arracher du sol et l'injecter ». En salle de réanimation, son cœur, son corps et sa tête sont, à l'image des poèmes, en miettes. Comme des formules magiques, ces poèmes déchirés mêlés à la voix de la chirurgienne, au bip bip de la machine, aux chants des oiseaux et aux sons des cloches arrachent le protagoniste à la mort et le sortent du coma.

 

La recomposition-reconstitution aléatoire de ces trois poèmes en une seule entité, reflète la reconstruction physique et mentale de Mishà Le Revenant.

 

Cette nouvelle matière textuelle en perpétuel mouvement accompagne inlassablement Mishà dans sa renaissance et guide les deux protagonistes vers la lumière. Présente dans la série à chaque saison GN (6.66) , XP (6.77) et EDN (7.77) et dans presque tous les épisodes de la trilogie dantesque, c’est donc par la recomposition-fusion aléatoire entre ces miettes de poésies sensuelles et érotiques, la matière musicale et d'autres textes littéraires, médicaux, juridiques, et scientifiques que la reconstruction-reconsolidation physique et psychique des deux protagonistes Mishà et Hant s'opère. C'est par cet assemblage improbable, cette fusion musicale et intertextuel que les deux protagonistes composent un univers non plus pensé en blocs autonomes qui se rencontrent mais comme une « intelligence collective transculturelle », une entité qui se fond dans une autre entité, une identité-fusion, un corps pluriel qui remet en question l'autonomie même du texte par une synergie automatique et inévitable. Ainsi la configuration de Mishà et Hant permet désormais la transtextualité. Et c'est par cette transtextualité dont Mishà avait eu la vison dans son coma : la fusion dans la mémoire et l'intelligence collective universelle, que les deux protagonistes vont se reconstituer un corps, une mémoire et une identité nouvelle et résoudre ainsi l'enquête criminelle que les institutions officielles avaient laissées pour compte.

 

Les fragments prophétiques des pièces passées : chacune des pièces écrite et jouée, dans le passé, par Mishà, comporte des passages qui décrivent avec minutie ce qui va arriver dans le futur. Mishà ne trouvant pas ses mots, utilise ces fragments fictionnels, mélangés aux poèmes déchirés, envoyés par les dictaphones, pour raconter avec les mots et les sonorités du passé, l'histoire du triple choc : rupture-agression-coma. Ces textes « prophétiques » écris avant l'incident anticipent la réalité extra textuelle par la fiction.

 

La pièce Kantïk Opéra I, jouée vingt fois en 2000 devant des spectateurs -témoins par l'auteur, acteur, metteur en scène Mishà) parle de rupture, d'infirmité amoureuse et de l'incapacité d'aimer dans un monde en déliquescence. Les pièces Kantïk Opéra II et III (jouées quarante fois entre 2001 et 2003 devant des spectateurs-témoins, par Misha l'auteur, acteur, metteur en scène) racontent les prostituées de la Cité, enchaînées au pouvoir de Salomon et jalouses du Berger, de la Sulamite et de leur amour et elles posent la question de savoir si l'amour est plus fort que l'argent. Dans la réalité, Le Revenant Mishà vivra, dix ans plus tard, une rupture amoureuse, se fera rabattre dans la Cité dolente par une prostituée enchaînée à une bande organisée de grande ampleur, avant d'aller en enfer, posera cette question à ses bourreaux : «  On verra, de l'amour ou de l'argent, qui des deux est le plus fort » .

 

Daisymoon, cette pièce écrite en 2010 montrent comment deux personnages (clochards célestes) jouent avec les mots et leurs sonorités pour jouer à cache cache avec la mort et échapper à leur échéance matérielle. Elle pose la question de la vengeance versus la justice des hommes. Question qui se posera pour Mishà quelques années plus tard alors qu'après avoir reconnu cinq de ses dix agresseurs ils seront relaxés par le justice

 

Ainsi Chaque fragment de pièce comme prophétie de la vie et des événements à venir. Comme pour préparer le protagoniste Revenant à surmonter les étapes qui l' attendent dans sa quête de vérité.

 

 

LA POST ELECTROSHOK BEAT :

 

Les textes sont éparpillés sur scène comme un tapis patchwork, un puzzle, ce qui correspond au collage intertextuel du ma Certains sont dit en live, d’autres enregistrés sont diffusés par les dictaphones. L’intertextualité semi improvisée raconte l’histoire initiale de chaque protagoniste. L’histoire du Revenant et l’histoire du Possédé sont racontés par les mots du passé et les mots empruntés à d’autres. Leur propre histoire ne leur appartient plus, ils la mettent dans les mains de leur musique. Ces morceaux de textes éparpillés sont le tapis volant qui mènera Mishà et Hant à découvrir l’énigme.

 

Cette matière textuelle, ces extraits de textes, poétiques, théâtraux, judiciaires, juridiques, scientifiques, littéraires sont piochés sur le plateau de façon aléatoire. Mélangés à la musique ils se répondent et répondent aux sons qui répondent eux même au sens. Ils fusionnent et provoquent des coïncidences, des incidences, des connivences, des accidents, des néologismes et des homophonies. Cette matière sonore est enregistrée, puis mise en texte. Cela donne les didascalies « post electroshok beat » (cf : annexes). Ces didascalies sont le « manuscrit-partition » des vingt deux spectacles. Elles sont dites par dessus les morceaux enregistrés (cf. extraits des morceaux enregistrés dans les clefs USB qui sont des échantillons des spectacles). Les master « cut » (cf. clef USB) ainsi que tous les instruments cités plus haut dans la note sont utilisés parcimonieusement et de manière improvisée par dessus les morceaux enregistrés pour jouer à nouveau avec les connivences et les homophonies.